Parution de ARCHIBAB 1

La SEPOA est heureuse d’annoncer la parution du livre suivant : L. Barberon, Archibab 1. Les religieuses et le culte de Marduk dans le royaume de Babylone, Mémoires de NABU 14, Paris, 2012.

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Cet ouvrage apporte de nouveaux éclairages sur la société du royaume amorrite constitué par la première dynastie de Babylone (1894-1595) en enquêtant sur une catégorie de religieuses spécifique à cette période : les religieuses-nadîtum du dieu de Babylone, Marduk. Connues par le Code de Hammu-rabi et par des tablettes cunéiformes issues d’archives privées, ces femmes se signalent par plusieurs particularités qui ont intrigué les assyriologues, telles que le droit de se marier tout en restant soumises à l’interdit de l’enfantement qui était propre à toute femme consacrée, ou encore le fait d’être attestées dans diverses villes du royaume, quand les religieuses-nadîtum des autres divinités demeuraient dans un quartier spécifique de la ville de leur dieu. Une réflexion conjointe sur la construction du royaume de Babylone et l’essor du culte de Marduk éclaire en grande partie les raisons de cette singularité.

En préalable, l’ouvrage repère, inventorie et classe les 113 références de nadîtum de Marduk (107 textes et 6 sceaux-cylindres) dans la documentation connue à ce jour. Six textes inédits font l’objet d’une édition en annexe. C’est la définition de critères onomastiques et contextuels autorisant la reconnaissance de ces femmes en l’absence de notification de leur qualité qui a permis de gonfler un corpus qui était jusque-là très maigre (à peine une quarantaine de références). Les documents sont tous contemporains des règnes des rois babyloniens et proviennent de différentes villes de Babylonie du Nord, de l’ancien pays de Sumer et du Suhûm. Leur présentation géographique et diachronique permet d’observer la répartition de ces femmes dans le royaume de Babylone en les inscrivant dans les différents contextes locaux. Ce faisant, l’ouvrage actualise les connaissances sur les autres catégories de religieuses que les nadîtum de Marduk côtoyèrent selon les lieux (nadîtum d’autres divinités poliades, qadištum et kulmašîtum) et dresse une géographie des femmes consacrées dans la Babylonie amorrite. Chaque ville de quelque importance entretenait sa communauté de femmes consacrées à la divinité du sanctuaire principal, le plus souvent des nadîtum recluses lorsque cette divinité était masculine, ou, dans le cas de Sippar-Amnânum, des kulmašîtum, vouées à la déesse Annunîtum. Aux côtés de ces religieuses « locales », la plupart des villes abritaient également des religieuses-qadištum qui étaient alors vouées à la grande figure du dieu de l’orage Adad et partageaient un statut commun avec les nadîtum de Marduk et les kulmašîtum en ayant accès au mariage. Il apparaît désormais que toutes ces religieuses, recluses comme non-recluses, pouvaient être réunies sous le vocable d’ugbabtum qui ne désignait pas, comme on l’a longtemps cru, une autre catégorie de religieuses.

Une fois ce cadre posé, l’ouvrage met en évidence la concordance parfaite entre la diffusion des nadîtum de Marduk, l’expansion territoriale de la dynastie de Babylone et la remarquable promotion de Marduk dans le panthéon mésopotamien. Cet aspect politique donne toute sa cohérence au corpus réuni et permet de le dépasser. L’identification des groupes sociaux impliqués permet notamment d’observer le processus de « babylonisation » qui s’opéra dans le royaume par le vecteur de cette institution. D’un point de vue religieux tout d’abord, la qualité de nadîtum de Marduk, par sa diffusion géographique, contribua à faire connaître le dieu de Babylone et à l’implanter dans les panthéons locaux. Illustrant le syncrétisme opéré entre Marduk et le premier né d’Ea, la fréquence du nom Geme-Asalluhi parmi les religieuses fait l’objet d’une étude particulière. La riche documentation sippariote met quant à elle en lumière l’implantation privilégiée du culte de Marduk et de sa parèdre Zarpanîtum dans le sanctuaire d’Annunîtum à Sippar-Amnânum ; il apparaît ainsi que le titre de nadîtum de Marduk finit par fusionner avec celui de kulmasîtum. D’un point de vue politique ensuite, le prestige du port du titre de nadîtum de Marduk s’avère avoir été particulièrement prisé par des familles qui n’étaient pas originaires de Babylone. Cette façon de marquer son allégeance s’observe au sein des communautés du Sud sumérien réfugiées dans les villes de Babylone du Nord à l’issue des troubles qui marquèrent le règne de Samsu-iluna. A Babylone même, les nadîtum documentées dans le quartier du Merkès évoluaient dans un milieu très marqué par la présence de ces gens du Sud. Le Code de Hammu-rabi matérialisa cette promotion : « nadîtum de Marduk de Babylone » est le seul titre qui y fut gravé avec son intitulé exact et la plupart des dispositions relatives aux nadîtum concernaient finalement les seules nadîtum de Marduk.

Dans la troisième partie, le lecteur trouvera un examen de la situation économique et familiale complexe de ces femmes, dotées, souvent mariées et placées devant l’obligation de contourner leur stérilité cultuelle par l’adoption, la maternité par substitution ou encore le recours à une épouse secondaire. La nature économique et juridique de leur documentation a souvent limité les approches à la seule question de la place qui leur était réservée dans leur famille, en tant que filles, sœurs, épouses et co-épouses, et dans la société en tant que femmes détentrices de biens. Il était nécessaire de reprendre ces données et d’en nuancer la portée au profit du fait religieux.  Au motif que celui-ci échappait en grande partie à la sphère de l’écrit, si ce n’est au détour d’œuvres littéraires postérieures, il a souvent été négligé et perçu comme secondaire par rapport aux implications sociales et économiques. L’étude de la cérémonie de consécration et des actes de piété accomplis par ces femmes permet de corriger cette vision.