Nouvelle parution : Entre dieux et hommes : anges, démons et autres figures intermédiaires

Thomas Römer, Bertrand Dufour, Fabian Pfitzmann et Christophe Uehlinger, éd.

Entre dieux et hommes : anges, démons et autres figures intermédiaires. Actes du colloque organisé par le Collège de France, Paris, les 19 et 20 mai 2014, Orbis Biblicus et Orientalis 286, Fribourg : Academic Press / Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 2017.

286 / Entre dieux et hommes: anges, démons et autres figures intermédiaires

XII-372 pages, relié

Dans bon nombre de religions antiques et modernes, la question de la place de l’homme et de sa relation avec des dieux ou autres puissances supérieures occupe une place importante. Loin de réduire cette réflexion à un simple binôme humain(s) vs. dieu(x), de nombreux textes et représentations figurées anciens attestent l’idée qu’il existe entre les dieux et les hommes toute une série d’êtres intermédiaires ou hybrides, qu’à la suite des anciens nous avons l’habitude de nommer « anges », « démons », « héros » et que l’on qualifie volontiers aujourd’hui d’êtres « surnaturels ». Parmi eux, les morts (ou du moins certains morts éminents) à qui l’on prête la connaissance d’un monde que les vivants ne peuvent qu’imaginer imparfaitement, occupent une place particuliere.

Ces êtres intermédiaires (certains anonymes, d’autres nommés tels que Pazuzu, Azazel, Gabriel, Métatron, ou Satan…) peuvent jouer des rôles que l’on ne veut pas attribuer aux dieux, en être les relais ou les adversaires ou prendre le rôle de médiateurs entre des dieux trop occupés ou trop lointains pour entretenir une relation directe avec les humains, ou entre les mondes inférieur et supraterrestre. La gestion de ces figures souvent liminaires peut s’avérer plus compliquée encore que de satisfaire les dieux. En même temps, elles reflètent la complexité des expériences du réel que faisaient les anciens et remplissent des fonctions dans le discours social qui vont au-delà de la simple fiction littéraire.

Ce volume issu d’un colloque au Collège de France organisé par la chaire « Milieux Bibliques » les 19 et 20 mai 2014 étudie de près ces êtres intermédiaires tels que les concevaient les sociétés du Proche-Orient ancien, et en particulier les lettrés à l’origine des écrits et littératures qui témoignent de leur imaginaire religieux. La plupart des contributions aborde, soit des textes cunéiformes du IIe et du Ier millénaire avant notre ère, soit la littérature biblique et des traditions postérieures qui s’en sont inspirées, du judaïsme ancien à l’islam en passant par le manichéisme ; l’Égypte et le zoroastrisme sont également pris en considération. On apprend ainsi à connaître et mieux comprendre les génies protecteurs et les démons malveillants, les héros et les géants d’antan, des humains divinisés ou des anges porteurs de révélations innovantes. Le panorama des intermédiaires bibliques s’avère particulièrement riche en figures de tout genre, au point de constituer un véritable pandaemonium israélite et de soulever cette interrogation à première vue surprenante : y aurait-il eu, à un moment donné, un trop-plein dans le monde divin ?

English:

It has long been an important issue for many religions, both ancient and modern, to imagine and question the differences between humans and deities as well as their means to communicate between each other. Ancient Near Eastern texts and iconography conceive this relationship in more than binary terms (i.e., human vs. divine): they presume the existence of various intermediate and often liminal entities, whom scholars have usually classified in terms of “angels”, “demons”, “heroes” etc. According to ancient belief, such beings (some anonymous, others named such as Pazuzu, Azazel, Gabriel, Metatron, or Satan…) could take over roles that were considered as unfitting for the gods themselves; they could act as messengers and intermediaries, or in contrast even rival the gods. The dead (or at least the prominent among the deceased, such as kings or prophets) could be considered as intermediates in their own right, since they were thought to have special knowledge of a sphere that the living could only imagine imperfectly. To keep such entities at a distance or to satisfy them and gain their sympathy could at times prove no less challenging than to serve the gods. On the other hand, imagining those entities helped ancient societies and individuals, and particularly the literary elites among them, to manage and structure the contingencies of the world they lived in.

The present volume offers the proceedings of an international symposium, organized by the chair of  « Milieux Bibliques » and held at the Collège de France on 19-20 May 2014, dealing with intermediate beings as imagined in ancient Near Eastern societies and reflected in their textual and visual records. The aim was to get a better sense of how such entities were conceived, what roles they were attributed and what functions they fulfilled in culture and society, religion and literature, ritual and belief. The contributions scrutinize cuneiform and other ancient Near Eastern texts, as well as biblical literature, in order to understand ancient Mesopotamian, Levantine and Israelite conceptions of human-divine hybrids and intermediaries; other papers address ancient Egyptian, Jewish, Manichaean, Christian, Zoroastrian, and Islamic sources and beliefs. In all their variety, and in the variety of the numinous figures (collectives or individuals, anonymous or named) that are analyzed, these studies provide vivid insights into how the ancients experienced and modeled the reality they lived in when mobilizing human-divine intermediates for their own concerns.

 

Thomas Römer est Professeur au Collège de France (Chaire « Milieux bibliques ») et à l’Université de Lausanne (Bible hébraïque). Il est Vice-Administrateur du Collège de France et directeur de l’UMR 7192. Bertrand Dufour et Fabian Pfitzmann ont été ses assistants au Collège de France entre 2013 et 2015. Ils sont aujourd’hui doctorants en Ancien Testament/Bible hébraïque, le premier à l’Institut catholique de Paris, le second à l’Institut romand de sciences bibliques, Université de Lausanne. Christoph Uehlinger est Professeur d’Histoire comparée des Religions et dirige le Département de Sciences des religions de l’Université de Zurich.

Entre dieux et hommes_Avant-propos

http://www.paulusedition.ch/academic_press/product.php?id_product=1604

Colloque de la chaire Milieux Bibliques du Collège de France : Oral et écrit dans l’Antiquité orientale

Colloque organisé par Thomas Römer et Hervé Gonzalez

Oral et écrit dans l’Antiquité orientale : les processus de rédaction et d’édition, les 26 et 27 mai 2016 à l’amphithéâtre Marguerite de Navarre du Collège de France, 11 place Marcelin-Berthelot, 75005 Paris.

Vidéos des communications

Problématique du colloque

La littérature de l’Antiquité orientale se présente comme une littérature de tradition dont la composition et la transmission résultent de processus complexes, à la fois oraux et écrits. Dans les études bibliques, alors que le début du XXe s. a été marqué par la recherche des traditions orales contenues dans les textes, de nombreux travaux récents, en lien notamment avec l’étude des manuscrits de Qûmran, se sont intéressés à la dimension scribale des textes afin de reconstruire les milieux et les pratiques de leurs scribes porteurs. Le développement et la transmission des traditions littéraires sont bien attestés en Mésopotamie, où plusieurs exemplaires de textes classiques, comme l’épopée de Gilgamesh, ont été mis à jour, séparés parfois par un écart de plusieurs siècles. Différents travaux ont souligné que des processus oraux sont également en jeu dans la transmission écrite et la transformation de ces traditions.

S’il existe un lien complexe entre oralité et écriture dans l’Antiquité orientale, celui-ci est expliqué de différentes manières dans la recherche, en fonction des genres littéraires des textes, de leurs contextes, et aussi des modèles théoriques que les chercheurs emploient pour comprendre le développement de la littérature ancienne. Faut-il par exemple penser à une évolution progressive allant de l’oral à l’écrit dans l’Antiquité ? D’autres modèles ont également été proposés, envisageant la cohabitation voire l’imbrication des deux dimensions, p. ex. au travers de la mémorisation, la récitation ou la lecture des traditions mises par écrit. Comment et dans quelle mesure l’oralité joue-t-elle un rôle dans les processus de rédaction et d’édition des textes ? Est-il encore possible d’identifier des traditions ou des pratiques orales à l’arrière plan des textes ? Existe-t-il des compositions uniquement scribales ? Peut-on identifier de manière précise les contextes sociaux des scribes impliqués (palais, temple…) ? Dans la perspective comparatiste qui le caractérise, ce colloque explorera les différentes modalités de l’articulation ente l’oral et l’écrit dans l’Antiquité orientale élargie, ainsi que ses implications pour une compréhension historique des textes.

Programme du colloque

Jeudi 26 mai, matinée

9h00 Ouverture du colloque : Thomas Römer

Présidence : Thomas Römer

9h15 Jean-Marie Durand (Collège de France, UMR 7192) : De l’écrit à l’oral dans le Moyen-Euphrate à l’âge du Bronze

9h45 Michaël Guichard (Ecole Pratique des Hautes Etudes, UMR 7192) : La circulation des formules magiques dans le Proche-Orient antique : le cas des incantations inédites de Mari

10h15 Herbert Niehr (Université de Tübingen) : Les messages d’outre-tombe en Syrie entre oralité et écriture

Pause

Présidence : Michaël Guichard

11h15 Nicolas Grimal (Collège de France, UMR 8152) : Le signe et la trace

11h45 Benjamin Sass (Université de Tel Aviv) : La chancellerie sous les Omrides

12h15 André Lemaire (Ecole Pratique des Hautes Etudes, UMR 7192) : Scribe royal et passage de l’oral à l’écrit : les cycles d’Élie et d’Elisée

Jeudi 26 mai, après-midi 

Présidence : Nele Ziegler

14h15 Lionel Marti (CNRS, UMR 7192) : Dire, écrire, transmettre : les processus d’édition des inscriptions royales assyriennes

14h45 Dominique Charpin (Collège de France, UMR 7192) : De l’histoire à la légende : le cas des rois d’Akkad

15h15 Stefan Maul (Université de Heidelberg) : Réflexions sur la transmission de l’épopée de Gilgamesh

Pause

Présidence : David Hamidovic

16h15 Jean Kellens (Collège de France) : Qui était en charge de l’oralité mazdéenne ?

16h45 Hervé Gonzalez (Collège de France, UMR 7192) : Des oracles à la littérature prophétique

17h15 Thomas Römer (Collège de France, UMR 7192) : Les origines de la Torah orale dans le Pentateuque

Vendredi 27 mai, matinée

N.B. : Les conférences en anglais bénéficieront d’une traduction simultanée par audiophones

Présidence : Dominique Charpin

9h30 Paul Delnero (Université John Hopkins de Baltimore) : Texts Before Texts: The Role of Orality and Memory in the Transmission of Sumerian Ritual Laments / Des textes avant les textes. Le rôle de l’oralité et de la mémoire dans la transmission des lamentations rituelles sumériennes

10h00 Dominique Jaillard (Université de Genève) : Oralités et écritures dans le monde des cités grecques. Savoirs et pratiques 

10h30 David Carr (Union Theological Seminary de New York) : Dynamics of Scribal Memorization and Revision at the Beginning of the Bible: The Case of Genesis 1-5 / La dynamique de mémorisation scribale et et la révision du début de la Bible. Le cas de Genèse 1-5 

Pause

Présidence : André Lemaire

11h30 Jean-Louis Ska (Institut Biblique Pontifical de Rome) : Les théories sur la tradition orale de la fin du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui

12h00 Jaeyoung Jeon (Université de Lausanne) : Orality in Redaction? Some Cases in the Pentateuch / De l’oralité dans les rédactions ? Quelques cas tirés du Pentateuque

12h30 Diana Edelman (Université de Oslo) : How Starting Assumptions Affect Results: The Story of David’s Slaying of Goliath (1 Samuel 17; 2 Samuel 21:19) Interpreted in Terms of Orality, Scribalism, and Cultural Memory / L’influence des présupposés sur les résultats. L’histoire de David et Goliath (1 Samuel 17 ; 2 Samuel 21,19) lue sous les prismes de l’oralité, de la scribalité et de la mémoire culturelle

Vendredi 27 mai, après-midi

Présidence : Jean-Marie Durand

14h30 Jan Rückl (Université Charles de Prague) : Oral et écrit dans la transmission du texte des livres de Samuel et Rois

15h00 David Hamidovic (Université de Lausanne) : L’oralité dans l’édition et les rééditions de la Règle de la Communauté à Qumrân 

15h30 François Déroche (Collège de France, UMR 7192) : L’impossible stemma coranique

16h00 Discussion et clôture du colloque

 

 

Les vivants et leurs morts

Vient de paraître sous la direction de Jean-Marie Durand, Thomas Römer et Jürg Hutzli, Les vivants et leurs morts, Actes du colloque organisé par le Collège de France, Paris, les 14-15 avril 2010, (Orbis Biblicus et Orientalis 257), Fribourg, Göttingen 2012. Page de l’éditeur